Mes écrits

Écrit dans les Étoiles

Si vous ne le savez pas encore, j’adore écrire des nouvelles et, plus encore, j’aime me confronter à d’autres plumes. Je participe donc régulièrement à des concours d’écriture, qui me permettent d’affiner mon style et d’asseoir mon statut d’aspirante autrice !

Dernièrement, j’ai participé au concours de nouvelles organisé par les éditions Michel Lafon et le site internet Auféminin, sur le thème « Dans le regard de ma fille« .

Voici ma modeste nouvelle :

— Poussez, mademoiselle, poussez ! m’encourage la sage-femme à mes côtés. 

Je hurle à pleins poumons, mes doigts fiévreusement enroulés autour des siens. 

Face à moi, le gynécologue accroupi entre mes jambes donne des indications que je ne comprends pas. 

— Je vois la tête, annonce-t-il alors qu’une énième contraction me vrille les entrailles. 

À cet instant, j’ai l’impression que tout mon corps se déchire en deux. C’est une douleur inédite qui provoque en moi une panique pure, viscérale. 

— Vous y êtes presque, encore un petit effort !

Ses encouragements me donnent la force de tenir, de produire l’ultime poussée qui me délivre de ce calvaire. Le soulagement que je ressens est indescriptible quand le petit être se décide enfin à sortir.

— Le voilà ! s’exclame le médecin tandis qu’il se redresse, tenant contre lui mon bébé tout juste né. 

Je relève la tête et croise le regard de la femme qui m’a accompagnée pendant cette épreuve. 

— C’est une fille, m’annonce-t-elle, la voix emplie d’une fierté professionnelle non contenue. 

Je suis incapable de détacher mes yeux de mon bébé. Tout mon monde ne se résume plus, à présent, qu’à cet être qui crie. Je n’ai jamais entendu un son aussi merveilleux. Elle est bruyante, elle est en vie, malgré sa corpulence. Petit, gracile et rose, son corps semble cependant vigoureux, prêt à affronter la rudesse de la vie qui l’attend. 

Bientôt, le sourire du gynécologue se décompose, balayé par une expression de profonde inquiétude. D’un mouvement de tête, il fait signe à sa consœur de le rejoindre. Je me retrouve seule, démunie et ébahie sur ce lit d’hôpital trempé par ma propre transpiration. J’ignore ce qu’il se passe, les professionnels me tournent le dos.

Quand ils me font à nouveau face, tous deux affichent une mine consternée. La tête basse, l’obstétricien consent enfin à me donner mon bébé. Je la serre contre moi, si fort que je l’étouffe presque. Mes pleurs se joignent aux siens, délivrant le torrent d’émotions prisonnier au fond de ma gorge depuis qu’elle a poussé son premier cri. 

— Écoutez… me chuchote la sage-femme, brisant la magie du moment. Nous allons devoir procéder à quelques examens. 

Je lève la tête, incapable d’assimiler les mots qu’elle vient de prononcer.

— Je ne comprends pas…
— Nous soupçonnons votre enfant d’être atteinte du syndrome de Down. Vous voyez ses yeux ? 

Je plonge mon regard dans celui de ma fille et les souvenirs me frappent de plein fouet. Je suis assaillie par les images de ces dernières années, rythmées par les batailles administratives et psychologiques. Dans une société où la place de la femme est constamment remise en question, faire un enfant quand on est seule se révèle être un véritable combat, dans lequel je suis sortie victorieuse. Mon trophée, je le tiens dans mes bras et mon cœur n’a jamais été aussi en paix qu’à cet instant. 

Alors, quand la sage-femme me répète sa question, je réponds : 

— Oui, je les vois. Ils sont remplis d’étoiles.

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